2. L'individualisme comme notion sociologique
Transférées du plan de la philosophie politique à celui de la sociologie, ces analyses vont s'enrichir de diagnostics reposant sur de nouvelles bases – les effets de la division du travail, notamment chez Émile Durkheim (Leçons de sociologie, 1950). Source de l'individualisme, le développement de la division complexe du travail a pour conséquence de détacher l'individu de groupes d'appartenance, pourvoyeurs d'identité, et de l'exposer à l'anarchie ou à la servitude, dans son isolement face à l'État. Il convient donc de restaurer des « groupes secondaires », notamment professionnels, propres à fournir à l'individu ses normes. Durkheim conclut que « la force libératrice qu'est l'État, pour être libératrice de l'individu, a besoin elle-même de contrepoids ; elle doit être contenue par d'autres forces collectives, à savoir par les groupes secondaires ».
Les résultats mis en évidence par les plus récents essais consacrés à l'individualisme sociologique concernent les formes prises par les libertés individuelles au fil d'une révolution des mœurs, approximativement datée des années 1960. Il y est question de la consistance, ou de l'inconsistance, de l'individu contemporain, sur lequel serait recentrée une matière sociale plus ou moins volatile. Le couple classique individu-société a cédé la place à la dualité sujet-système – de relations, d'objets, de consommation, etc. – et les débats sur l'individualisme semblent moins actifs que ceux désormais centrés sur la croissance de l'attention que l'on porte exclusivement à soi-même : le narcissisme. Aujourd'hui, nombreuses sont en effet les études qui procèdent de l'ouvrage pionnier de Christofer Lasch, Le Complexe de Narcisse (trad. 1980), et qui portent prioritairement sur le sujet – association du vécu et de la subjectivité –, et sur le rapport du sujet à lui-même.
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