En 1947, année de son indépendance, l'Inde était un des pays les plus avancés du monde non occidental en raison de ses élites modernes, de ses infrastructures, de ses noyaux industriels et des progrès de certaines zones agricoles. En même temps, c'était un des pays les plus pauvres du globe.
La nécessité de stabiliser le pays allait, à parité avec la volonté de développement économique, mobiliser les énergies et structurer le champ politique. Une économie mixte, en partie planifiée, a géographiquement généralisé l'accès aux infrastructures, diffusé l'industrialisation, élaboré une politique sociale notable pour un pays traditionnellement inégalitaire. Elle a permis la fin des famines séculaires, mais aussi l'allongement de l'espérance de vie ; la transition démographique s'achève en Inde du Sud, même si le Nord (en particulier la zone culturelle de langue hindi ou hindi belt) est en retard. En retour, ces transformations ont contribué à asseoir l'équilibre sociopolitique de la plus grande démocratie du monde. C'est dans ce contexte, et dans celui des « tiers-mondismes » des indépendances – dont l'Inde est alors devenue l'un des fers de lance – que s'explique le choix d'une politique économique autocentrée et de substitution des productions nationales aux importations, qui libère autant de degrés de liberté pour la politique économique intérieure. Transformation lente, complexe, parfois frustrante, mais massive.
Si ce modèle a trouvé par la suite ses limites (débuts de pénurie de type socialiste dans les infrastructures, obsolescence de l'appareil industriel par limitation des importations de biens d'équipement), la période 1947-1980 n'en aura pas moins préparé la suivante – de 1980 à nos jours –, celle de l'essor économique d'une Inde qui affirme aujourd'hui sa place dans le monde. Depuis la décennie 1980 et encore plus dans la décennie 1990, l'industrie s'est modernisée et les services ont connu une croissance incomparable. L'Inde dispose aujourd'hui des atouts d'un pays à […]
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