5. Médecine ou science de la vie
Parmi les trois sciences qui furent les plus développées dans l'Inde, astronomie, mathématiques et médecine, cette dernière est celle qui répond le mieux au modèle brahmanique traditionnel des sciences. Les sciences brahmaniques sont normatives, elles fixent des règles de vie sur le chemin de la sagesse, elles enseignent ce qu'il convient de faire pour atteindre « les quatre buts de l'existence humaine » (puruṣārtha), le plaisir, la prospérité, la vertu et la délivrance. Or, dira le médecin, la santé non seulement participe de la nature des deux premiers buts de l'homme, le plaisir et la prospérité, mais elle est aussi la condition nécessaire des deux autres buts, la vertu et la délivrance. L'Āyurveda, la « science » (veda) visant à protéger et prolonger la « longévité » (āyus), est une biologie au service de l'homme, une science subordonnée aux impératifs de la sagesse.
Les maîtres de l'Āyurveda ressemblent aux premiers savants de la Grèce ancienne qui se nommaient des physiologues. Les ayurvédiques partagent avec les physiologues grecs plusieurs traits caractéristiques : ce sont des observateurs de la nature, ils sont en quête d'une sagesse, et leur système du monde est vitaliste. Une force vitale, pensent-ils, anime chacun des règnes de la nature, elle sourd du sol sous la forme de sucs, de sèves, d'humeurs, de fluides nourriciers ; cette idée fondamentale, développée en Inde et en Grèce, a donné naissance à la théorie des humeurs.
• La théorie des humeurs
Comme la médecine d'Hippocrate, la médecine ayurvédique de l'Inde est humorale ; les maladies et le tempérament du patient résultent de l'altération ou de l'équilibre de certains fluides vitaux comme la bile et le flegme. Les historiens (en particulier J. Filliozat) ont mis en évidence de nombreuses similitudes entre les théories grecques et indiennes concernant les humeurs et le pneuma (souffle ou vent circulant comme un fluide dans l'organisme). Ces idées se sont largement diffusées dans le monde antique, tant au Moyen-Orient qu'en Asie du Sud-Est, au cours d'échanges trè […]
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