Les littératures philosophiques de l'Inde sont parmi les plus variées et les plus abondantes du monde ; elles correspondent à une production ininterrompue depuis la fin du deuxième millénaire avant notre ère jusqu'à nos jours et dans une aire culturelle immense. Elles se sont d'autre part largement répandues à travers toute l'Asie centrale et orientale et dans tout le Sud-Est asiatique.
La spéculation a été dominée d'abord par la conception précoce d'une disposition naturelle des choses (dharma) dans la nature, ensuite par celle d'une réalité ontologique transcendante au monde. Elle a été constamment marquée dans ses argumentations par un souci de logique rationnelle, même quand elle s'est fondée au départ sur des postulats irrationnels ou des conceptions religieuses intuitives et traditionnelles.
La philosophie indienne a commencé à se révéler à l'Occident au milieu du xviiie siècle par une notice du P. Pons sur les écoles classiques, puis, à la fin du même siècle, par la traduction de la Bhagavadgītā par Wilkins et, au début du xixe, par celle de cinquante Upaniṣad faite en latin par Anquetil-Duperron sur leur version persane et sous le titre d'Oupnekhat. Schopenhauer et nombre d'autres philosophes en accueillirent la révélation avec enthousiasme. Certains crurent que la philosophie de l'Occident antique dérivait de l'Inde. En fait, les similitudes font surtout apparaître des développements analogues à partir des mêmes données d'observation naturelle traitées avec les mêmes moyens rationnels. Les préoccupations majeures ont d'ailleurs été autres. Les Indiens, à la différence des Grecs, ont négligé la physique et mis l'accent sur l'ontologie, sur l'analyse psychologique, sur la philosophie du Verbe, sur les mécanismes de l'efficacité du langage. Surtout ils ont donné à leurs spéculations une fin salvatrice, le salut consistant dans un dégagement de la phénoménalité empirique pour retrouver, par la connaissance, l'essence pure de soi-même.
L'immense mouvement de pensée […]
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