9. Le pouvoir provincial
Dans les provinces, le pouvoir était assuré par des chefs traditionnels, les curacas, qui prolongeaient et contenaient la bureaucratie impériale. Ces curacas appartenaient généralement à des lignées de chefs locaux. Répartis en diverses catégories selon une hiérarchie bien établie, ils exécutaient les ordres de l'Inca transmis par les tukriquq, mais représentaient également leur ethnie vis-à-vis du souverain et de son administration. Ainsi, lorsqu'un nouveau curaca accédait à la tête d'une chefferie, il devait faire acte d'allégeance envers le souverain. Le maintien de cette allégeance était garanti par le fils ou le parent du curaca. Forcé de résider à la cour impériale, il assimilait la langue officielle et la culture dominante, devenant ainsi l'otage de l'État. La waka principale de la chefferie était elle aussi retenue en otage. Son effigie était déposée dans l'un des sanctuaires du Cuzco, où un culte lui était rendu. Les curacas offraient souvent à l'empereur une fille ou une sœur comme épouse subsidiaire, et obtenaient en retour des femmes et des serviteurs.
Pour maintenir une meilleure cohésion sociale dans une société multiethnique et fragmentée, les Incas imposèrent également une langue commune, le Runasimi ou Quechua, empruntée aux premières tribus installées dans le bassin du Cuzco, qui était enseignée par des fonctionnaires royaux.
Les travaux d'intérêt public (aménagement agraire, construction, service militaire) étaient attribués à la fraction de la population recensée comme corvéable. C'est ainsi que les Incas purent édifier les villes et chefs-lieux de province qui devaient être habités par les fonctionnaires impériaux et construire l'énorme réseau routier qui sillonnait le territoire.
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