5. Les chefferies et leur organisation
À une échelle régionale, les différents ayllus étaient organisés en chefferies d'inégale importance, dirigées par un groupe dominant auquel les chefs des ayllus dépendants étaient soumis. De même, les wakas des ayllus dépendants étaient subordonnées à la waka de l'ayllu dominant qui représentait la divinité tutélaire de l'ensemble de la chefferie. À leur tour, diverses chefferies pouvaient être unies dans la dépendance de l'une d'entre elles, pour former une chefferie plus grande. Ces structures de chefferies recouvraient des territoires plus ou moins vastes, et rassemblaient des populations plus ou moins denses.
Dans chaque ayllu, la population était soumise à une série de prestation de travail pour le compte du curaca de la chefferie, comme le défrichage ou la culture de ses terres. Tous les hommes adultes de chaque ayllu devaient également effectuer, à tour de rôle, un service connu sous le nom de mita, qui pouvait durer de trois mois à un an. En échange, le curaca de la chefferie était responsable de tous ceux qui le servaient et gardaient son bétail ; il devait les nourrir, les vêtir, les loger et les protéger.
Selon le modèle d'organisation sociale fondé sur une logique économique, l'« archipel écologique » défini par John Murra en 1975, la puissance d'une chefferie se manifestait également par le nombre et l'importance des colonies qu'elle possédait au-delà des limites de son territoire nucléaire. En effet, chaque chefferie détenait des zones enclavées à l'intérieur du territoire d'autres ethnies, politiquement indépendantes, situées parfois à plusieurs jours de marche. L'exploitation de ces véritables « îlots » de terres, isolés de tout, s'effectuait par l'intermédiaire de colons temporaires. Les mines de sel ou les plantations de coca représentaient parfois des îlots pluriethniques, où venaient aussi s'approvisionner les populations locales, entraînant quelquefois des conflits.
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