5. L'improvisation collective
L'improvisation collective du free jazz, dont l'orientation formelle dépend d'indications préétablies peu contraignantes, semble contredire le principe énoncé de l'improvisation non créatrice. Cependant, une détermination formalisante apparaît nécessairement en cours d'exécution, suscitant une structure perceptible, évitant l'inharmonieux discord. La trompette, par exemple, « commande » la forme dans l'orchestre, et selon les lois de son langage connues du trompettiste. Un phénomène psychologique de groupe (leadership) se produit quand le trombone lui répond, impose sa parole et provoque l'affrontement avec le saxophone, tandis que la contrebasse et la batterie soutiennent sa phrase ou reprennent en écho son cri. Une volonté commune insuffle ses intentions et le rite musical collectif déploie sa symphonie. Il y a concert, car une concertation tacite anime la conversation : une réponse de l'un suit une écoute d'un autre et précède un renvoi de verbe musical, entre des musiciens qui se connaissent, qu'une fréquentation assidue a rapprochés. Et quand le discours est éloquent, le public ne s'y trompe pas.
Dans l'improvisation de jazz classique (New Orleans par exemple), on est en terrain traditionnel ; la dynamique ressemble à celle de la musique dite savante. La structure d'un chorus de Louis Armstrong démarque celle d'un choral de Bach : la carrure (organisation rythmique élémentaire des phrases selon un nombre déterminé de mesures, habituellement groupées par quatre) y est rigoureuse ; l'harmonie cadentielle précise et l'ornementation mélodique s'apparentent à celles du baroque expressionniste ; que l'on songe, par exemple, aux Fantaisies de Buxtehude.
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