L'idée d'impersonnalité renvoie d'abord à celle d'anonymat : il arrive qu'on ne sache quel nom mettre sous une toile ; on s'efforce alors de rattacher l'œuvre à un atelier, à une école, à une époque. C'est affaire d'attribution : les experts veillent, ne serait-ce que pour dépister les faussaires.
Mais en dehors de ce cas, que l'on peut considérer comme le plus simple, l'impersonnalité peut ne pas relever d'une lacune ou d'un oubli et répondre à une volonté ou à un vœu parfaitement positifs. C'est ainsi que les arts des peuples sans écriture, c'est-à-dire apparemment sans histoire, posent à l'ethnologue des problèmes d'appartenance délicats. Pourquoi ? Parce qu'un auteur, pour signer, doit n'être pas analphabète. Or le processus créateur est d'autant plus difficile à cerner et à situer qu'il échappe au modèle de la production écrite : le N.N. fecitqui authentifie un tableau demeure alors mystérieux, sans que pour autant l'auteur ait tenu expressément à se cacher ; simplement, il ne s'est pas mis en vedette ou n'a pas cru devoir se manifester. C'est ce qui arrive en général dans les arts dits de l'« oralité » : si l'« œuvre » ne nous est délivrée que « grâce à une […]
