5. Dépassement de l'opposition
Étant donné le contexte historique où a pris naissance le couple de concepts immanence-transcendance, la dernière philosophie existentielle suggère son propre dépassement par le rejet de ces concepts. Une conception strictement humaniste de l'homme peut comprendre celui-ci comme existence et comme réflexion sans avoir recours aux idées d'immanence et de transcendance qui charrient toujours avec elles des allusions, des nostalgies et des remords. Une description rigoureuse de l'existence peut substituer à l'imagination en hauteur la réflexion en intériorité. Le sujet existant devient la source et l'origine du sens et de la liberté ; il est créateur et juge des valeurs, en même temps que terreau d'où peut émerger la conscience authentique de soi. On assiste ainsi au primat de la réflexion et à la redécouverte de la subjectivité comme intelligence et comme existence. La conscience, dès lors, n'est pas la chose, ni la nature, ni la mort, ni la divinité. Pouvoir de négation, mais aussi d'affirmation, elle substitue à l'opposition théologique immanence-transcendance une nouvelle opposition : celle de la réflexion à l'irréfléchi, celle de l'exigence à la facilité. Le sens, la joie, la communication, la liberté sont des œuvres à accomplir et non des immédiats ; ils s'opposent donc à ce qui est simplement donné là. Mais si ce qui est à construire est de l'ordre de l'humain, il est forcément de l'ordre de la réflexion.
À la banalité quotidienne et à la servitude personnelle et politique la réflexion opposera un tout autre ordre. Mais ce tout autre ne sera pas transcendant, il sera l'existence même qui d'« à-venir » deviendra présent et présence. Liberté et sens seront alors et conquête et réalité, plénitude d'existence qui sera à la fois dans le temps et hors du temps. La réflexivité existentielle n'aura pas tout égalisé et aplani mais elle ne confondra pas conversion et hauteur, exigence et aliénation, autonomie et extériorité. La nouvelle opposition entre le réfléchi et l'irréfléchi sera celle de l'intérieur et de l'extérieur, de la liberté et de la servitude, de la joie et de l'ennui. Ce qui subsiste de l'ancienne opposition, c'est que le réel est contestable par la conscience : mais ce qui est neuf, c'est que seule la réalité peut se substituer à la réalité, et l'existence accomplie dans sa plénitude à l'existence incomplète et anxieuse. Ainsi seulement les arrière-mondes mensongers sont abolis et l'homme est rendu à lui-même et à son infini pouvoir.
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