8. Expression musicale du destin
Que le détail de ces analyses soit aujourd'hui périmé n'infirme en rien la fécondité de l'inspiration dont elles procèdent : simplement la science des mythes a-t-elle tiré parti pour son compte propre des progrès accomplis depuis Müller par la linguistique. D'une part, élargissant à l'échelle d'une sémantique générale la conception saussurienne selon laquelle il n'est de signifiant que différentiel, elle analyse le contenu manifeste des mythes en un système d'oppositions. D'autre part, se fondant sur la représentation des processus de culture en tant que réseau d'échanges, elle se met en mesure de rapporter au système de leurs polarités élémentaires les oppositions dans lesquelles les mythes s'analysent. Ainsi le mythe sera-t-il compris comme le champ où le groupe exprime sa structure – le problème étant de préciser le niveau et la forme spécifique où cette expression cristallise : « Si les mythes ont un sens, écrivait Claude Lévi-Strauss en 1955 dans un article sur la « Structure des mythes », celui-ci ne peut tenir aux éléments isolés qui entrent dans leur composition, mais à la manière dont ces éléments se trouvent combinés ». Plus précisément, « le mythe relève de l'ordre du langage, il en fait partie intégrante ; néanmoins, le langage, tel qu'il est utilisé dans le mythe, manifeste des propriétés spécifiques ». « Enfin, ces propriétés ne peuvent être cherchées qu'au-dessus du niveau habituel de l'expression linguistique ; autrement dit, elles sont de nature plus complexe que celles qu'on rencontre dans une expression linguistique de type quelconque. »
Autrement dit, les unités dont le mythe est constitué relèveront de deux types d'organisation. Les unes appartiennent au domaine général de la linguistique : phonèmes, morphèmes et sémantèmes ; les autres, désignées comme mythèmes, appelleront une détermination spécifique. De 1955, où, pour la première fois, référence est faite à l'harmonie, jusqu'à la série des Mythologiques qui, dix années […]
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