6. L'imagination matérielle
Sommes-nous cependant en droit de prendre pour index d'une déduction de l'imaginaire un dynamisme dont c'est l'essence d'être une construction de l'analyse ? La question est d'autant plus pressante que nous cherchons à restituer la fonction du fantasme dans l'élaboration de l'imaginaire : nous ne saurions donc préjuger de l'origine du dynamisme qui y préside. Les analyses qui précèdent tendaient à contester à l'imagination toute autonomie. Mais nous avons de son travail une expérience intime, et celle-ci semble témoigner en sens opposé : non seulement, en effet, l'imagination ne prend conseil que d'elle-même dans son déploiement, mais ce déploiement est actualisation. Nous n'assistons pas à l'investissement d'objets ni même de représentations internes, par une puissance avide de s'y matérialiser. Cette matérialisation s'opère du dedans même de l'intention imageante ; bien plus, elle s'effectue selon des lignes de force qui en autorisent un classement systématique selon les grandes catégories entre lesquelles se distribuent les substances. En bref il existe une « imagination matérielle » distincte de l'imagination formelle, et dont Bachelard, en des travaux célèbres, s'est employé à illustrer la notion, imagination du feu, de l'air, de la terre et de l'eau avec laquelle nous familiarisera la pratique des poètes et que nous pourrons cultiver dans le secret de nos prédilections méditatives, qui n'intéresse pas moins l'épistémologue que le rêveur, ou plutôt qui fait sa part au rêveur dans le travail de l'épistémologue, dans la mesure où cette imagination de la matière sous-jacente à la science appellera cependant de sa part les rectifications d'une rationalité en devenir.
La question, néanmoins, ne peut être éludée du rapport de cette analyse, ou même, selon le témoignage initial et jamais entièrement répudié de Bachelard dans son premier essai sur le feu, du rapport de cette « psychanalyse » à une psychanalyse entendue de façon quelque peu rigour […]
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