2. Les thèmes fondamentaux
• L'esprit et la lettre
L'illuminisme a pour thème fondamental la distinction entre l'esprit et la lettre, entre la lumière et la matérialité. Sans levain, c'est-à-dire dépourvue de la lumière de l'esprit, la lettre est vide de sens et par conséquent de vie. L'esprit s'oppose à la lettre qui appartient à la multiplicité. Ainsi la Bible renferme toute la science secrète ; interpréter les textes en tenant compte uniquement de la lettre morte, c'est refuser la nourriture que contiennent les paroles sacrées présentées le plus souvent sous des formes allégoriques et symboliques. On le voit avec l'exégèse biblique de Swedenborg (Arcana caelestia), qui distingue trois sens : célestiel, spirituel, matériel. À cette opposition entre la lettre et l'esprit correspond l'abîme séparant la vérité de l'erreur, car la première est une, la seconde appartient à la multiplicité. Le diable (diabolos) en tant que diviseur est le séparateur qui engendre le nombre ; et si le monde est haïssable, c'est en raison de son caractère de multiplicité. Pour Boehme et William Blake, dans l'unité qui régnait à l'origine la chute introduisit la division, donc la pluralité ; c'est pourquoi le cœur de l'homme aspire à l'unité. La distinction entre l'esprit et la lettre caractérise la position de l'illuminisme en face des religions qui, dans la mesure où elles se diversifient, appartiennent à la dimension extérieure, par conséquent au monde, et se nourrissent non de l'esprit mais de la lettre. Il est donc nécessaire de revenir à une religion intérieure, puisque l'esprit ne peut être reçu que du dedans, à la différence de la lettre qui n'agit qu'extérieurement.
L'opposition entre l'homme extérieur et l'homme intérieur est, sinon constamment exprimée, du moins toujours présente dans l'illuminisme. L'univers intérieur et son immensité relèvent de la grâce créatrice. L'homme est image de Dieu, en dépit de la défiguration qui l'affecte en tant que créature limitée et imparfaite. Cette par […]
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