Héros d'un groupe de peintres actifs en Russie à la fin du xixe siècle, les Ambulants (Peredvižniki), dont l'ambition rejoint celle de Courbet, si l'on y ajoute une forte dose de nationalisme. En Europe occidentale comme en Russie, la « modernité » en peinture naît en effet d'une « crise du sujet » : en réaction contre l'académisme boursouflé (la Russie avait, elle aussi, ses Bouguereau), les peintres dissidents veulent représenter des sujets sociaux. À ce débat sur le « sujet », aujourd'hui quelque peu éculé (et qui, malheureusement fort mal compris, a donné lieu au réalisme socialiste), Répine ajoute, malgré le pompiérisme de ses compositions, une réflexion sur la facture qui donne encore un certain intérêt à ses toiles (Les Haleurs de la Volga, 1873 ; Ivan le Terrible et son fils, quelques portraits de musiciens célèbres : Moussorgski, Borodine, et plusieurs versions de celui de Tolstoï).
Répine devait être un pédagogue assez remarquable pour avoir formé Vroubel, le grand peintre fondateur de l'art moderne russe. Mais l'élève dit de son maître : « Au style grossier des années soixante succéda un mouvement nationaliste intellectuel qui estimait un tableau pour la simplicité de son idée, sa valeur d'affiche et l'anonymat de sa technique. Même le grand talent de Répine s'éteignit dans cette atmosphère inanimée ; son manque d'intensité artistique imprima à son œuvre un caractère informe » (Camilla Gray, L'Avant-Garde russe russe dans l'art moderne, 1968).
Yve-Alain BOIS
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