3. Un réalisme puisé dans la nature et dans l'art occidental
Peu d'artistes ont autant voyagé que Taiga. Dès 1746, il parcourut le pays, faisant même l'ascension de montagnes célèbres, dans son désir d'une compréhension intime du paysage par l'étude directe de la nature. À ce contact, il élabora une conception de l'espace pictural tout à fait personnelle et une expression réaliste que l'on trouve, par exemple, dans Asamayama shinkei-zu (Vue réelle du mont Asama) de 1750. Mais, à l'encontre de l'école Maruyama qui s'efforce de saisir l'essentiel des objets dans leur apparence extérieure, Taiga cherche à pénétrer l'âme d'un paysage. Aussi sa vision, qui procède de la connaissance et de l'expérience réelles, est-elle hautement impressionniste, comme dans Ringai bōko-zu (Vue du lac Shinji, 1750 env.).
La révélation de la peinture occidentale qu'eut le jeune artiste en 1748 vint renforcer son sens de la composition, ainsi que ses préoccupations réalistes, sa vision stéréoscopique, ses effets de lumière. Mais cette forte influence occidentale, que Taiga éprouva en la décantant, personnalisa son style sans lui enlever son caractère proprement oriental.
Jailli de la tradition Nanga, l'art de Taiga sut en franchir les conventions et les limites. Son œuvre, dont on peut encore dans la production des années 1720-1735 isoler les diverses influences, apparaît après 1760 comme une synthèse magistrale, étonnamment diversifiée. Les productions de la maturité éblouissent par leur force et leur souplesse, les effets étrangement colorés du monochrome, leur composition parfaite, tel Sansui jimbutsu-zu (Paysage et personnages) décorant des fusuma du Henshōkō-in, monastère du mont Kōyasan.
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