
Peintre français. L'œuvre de Henri Fantin-Latour réalise éminemment le vœu de Baudelaire qui, dans le Salon de 1845, souhaitait l'avènement de peintres sachant exprimer la poésie de la vie moderne. Il appartient à la génération qui commence à s'affirmer vers 1860 (plus particulièrement au groupe hétéroclite qui exposa en 1863 au Salon des refusés). Il bénéficie donc de l'acquis du réalisme, et surtout des grandes compositions à sujets modernes de Courbet (Un enterrement à Ornans, L'Atelier du peintre) qui le frappent et l'émeuvent durablement à l'Exposition universelle de 1855. Mais bien qu'il ait fréquenté pendant quelques mois (1861) l'atelier de Courbet, il n'adopte pas le refus de l'imagination qui est, au moins théoriquement, un des aspects du réalisme militant ; il garde la nostalgie du romantisme, de sa poésie fiévreuse et trouble, enrichie de suggestions littéraires. L'enseignement de Lecoq de Boisbaudran, dont il a été l'élève de 1850 à 1853, n'est pas étranger à cette double affinité, car il lui a enseigné à la fois une représentation fidèle et un art de suggestion. Ces deux tendances complémentaires lui inspirent deux productions très différentes — réaliste, d'une part, avec surtout de nombreuses natures mortes de fleurs ; idéaliste, d'autre part, avec des compositions à sujets littéraires ou musicaux —, mais toutes deux se caractérisent également par un sens très personnel de l'intime et de l'indéterminé, et par une matière dense, à la fois brumeuse et finement colorée, qui enveloppe chaque motif, réaliste ou imaginaire, dans une atmosphère spirituelle, rêveuse ou méditative. Cette peinture, toute en continuité, en accords, en clairs-obscurs, est une sorte d'équivalent plastique de la musique de Wagner, dont Fantin-Latour fut l'illustrateur et l'admirateur passionné (Tannhäuser au Venusberg, 1864, Los Angeles County Museum of Art ; Tannhaüser, 1886, Cleveland Museum of Art). Ses portraits, en particulier les célèbres portraits de groupes, qui réunissent, à la manière des grands portraits collectifs hollandais, des artistes du temps associés par leurs affinités spirituelles, expriment l'accord d'une réalité banale — les toilettes, les décors, empruntés à la vie de chaque jour — et d'une sensibilité grave, mystérieuse, assez paradoxale, proche du spleen baudelairien (Hommage à Delacroix, 1864 ; Atelier aux Batignolles, 1870 ; Un coin de table, 1872 ; La Famille Dubourg, 1878 ; Autour du piano, 1885 ; tous ces tableaux au musée d'Orsay, Paris). Fantin-Latour est aussi l'auteur de lithographies où le noir et le blanc s'enchevêtrent et forment un tissu d'ombres équivoques, particulièrement propices au jeu des correspondances musicales.
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