3. Origine africaine de l'art Ifé
Le réalisme idéalisé de la représentation humaine dont on a cherché l'origine en Grèce, à Carthage, en Inde, au Portugal trouve son explication la plus probable dans la nécessité de glorifier les rois locaux. Il n'existait pas, à Ifé, d'esthétique comparable à celle de la Renaissance en Europe où la représentation artistique se fondait sur les récents progrès de la connaissance anatomique ; on ne cherchait manifestement pas à reproduire les proportions corporelles. La sérénité harmonieuse des visages ne visait sans doute qu'à matérialiser la croyance à l'éternelle jeunesse de l'oni et de ses proches. D'ailleurs certaines têtes d'Ifé sont d'un style différent, fort proche des figurations « conceptuelles » d'Afrique noire.
Le moulage à cire perdue était une technique connue dans l'Égypte antique et dans le royaume couchitique de Méroé. Il se peut qu'elle soit parvenue de là à l'ancien Ifé ; il se peut aussi qu'elle y ait été indépendamment inventée. Le modelage se pratiquait au Nigeria dès le premier millénaire avant notre ère comme le prouve la découverte, en 1943, près du centre minier de Jos, de la civilisation de Nok. Une vingtaine de sites, datés du xe au iiie siècle avant J.-C., ont livré des sculptures en céramique dont le réalisme annonce celui d'Ifé. En outre, certains détails des corps nok sont identiques à ceux d'Ifé. Enfin, le travail du fer était connu à Nok dès la fin du iiie siècle avant J.-C. : armes de fer et pierres taillées y étaient conjointement utilisées.
Les « bronzes » d'Ifé datent vraisemblablement du début du second millénaire de notre ère. Des terres cuites mises au jour en 1963 ont pu être datées à partir du charbon de bois auquel elles étaient associées. La date obtenue est 1060 avec une approximation de cent ans dans les deux sens. Cet art est donc nettement antérieur à l'arrivée des Portugais dans le royaume du Bénin.
La dynastie du Bénin a été fondée, au xiiie siècle sans doute, par un prince d'Ifé. Trois siècles plus tard, la prospérité de ce royaume, conséquence du commerce des esclaves avec les Portugais, éclipsa le rayonnement d'Ifé.
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