3. Georges Cabanis
Le médecin Georges Cabanis (1757-1808), mort trop jeune après une existence consacrée à l'amitié et au bien public, fut aussi un des grands idéologues. Bien qu'il l'ait aidé à prendre le pouvoir, Bonaparte le considéra comme dangereux et vain quand il osa désavouer sa dictature. Dans ses remarquables Rapports du physique et du moral, il contribua fortement à la naissance de l'anthropologie. L'étude du physique est selon lui aussi nécessaire au moraliste qu'au médecin, s'ils veulent diriger l'homme vers le bonheur que sa nature comporte. Pour Cabanis, les idées viennent des sens ou en sont le produit. Mais, bien plus que Condillac, il voit dans l'instinct le lien entre l'intellect et l'organique. C'est là reconnaître l'existence d'une sensibilité inconsciente et le jeu très complexe qui a lieu entre l'homme intérieur – ainsi désigne-t-il, de façon bien remarquable, le cerveau – et l'ensemble des influences qui agissent sur les organes sensibles : âge, tempérament, climat, régime, maladie et surtout sexe, auquel il attache une importance majeure. Comme Destutt de Tracy, il prête toute son attention à la motilité, estimant que la conscience du moi senti et reconnu comme distinct des autres existences ne peut s'acquérir que par le sentiment de l'effort et l'expérience de la résistance. Il insinue qu'elle peut se produire indépendamment du monde extérieur, comme Maine de Biran le pensera.
Ainsi que Jean Cazeneuve l'a suggéré, il y a derrière les descriptions de Cabanis un hylozoïsme de type stoïcien plus qu'un matérialisme camouflé. Il ne se croit pas obligé de prononcer une différence de nature entre le vivant et la matière brute. La matière, c'est l'énergie, et l'on passe par degré de l'attraction physique à l'affinité chimique, de celle-ci à l'instinct puis à la sensibilité. Cabanis amorce même un transformisme à la façon de Lamarck. Il n'est pas jusqu'au moi individuel qui ne soit une émanation de l'activité qui ébranle l'univers. Enfin, il convient de mentionner l'œuvre médicale de cet auteur ; le soutien qu'il donna aux vues sur le progrès de son ami Condorcet, et ses idées sur l'éducation, dont Mirabeau, qui mourut dans ses bras, fut l'instigateur.
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