4. Théorie et empirie
Le « forçage » différentialiste impliqué par l'idéaltype permet de sélectionner des aspects du donné empirique entre lesquels un rapport de causalité peut être présumé. Toutefois, précisément parce que l'idéaltype est un produit de l'imagination théorique, il n'a la valeur que d'un possible. Il permet de formuler des hypothèses, mais il revient toujours à l'investigation empirique de décider de sa pertinence pour l'explication d'un phénomène historique donné. L'intelligibilité en soi d'un enchaînement quelconque de cause à effet (par exemple, entre les caractéristiques de l'« éthique protestante », en particulier dans sa variante puritaine, et l'« esprit du capitalisme ») n'est en effet pas suffisante pour affirmer que la relation causale fut bien en réalité conforme à la logique idéalement reconstruite. Si l'élaboration des idéaltypes s'effectue toujours à partir de l'information empirique, elle passe cependant par un moment de distance par rapport à cette information, et il est par conséquent nécessaire d'en tester la portée explicative en la confrontant à nouveau au donné empirique.
Le processus de l'explication historienne et sociologique se présente ainsi comme un va-et-vient jamais achevable entre la théorie et l'empirie. Seules les questions directrices gouvernant l'investigation déterminent les séquences causales isolées de l'infinité inépuisable des connexions réelles, fixant par là un cadre à une entreprise d'explication qui reste nécessairement fragmentaire et toujours ouverte à des rectifications éventuelles.
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