3. Kant : la métaphysique ramenée à une épistémologie
Berkeley a eu l'inspiration fondatrice ; Kant l'a développée de manière à en tirer une théorie de la connaissance plausible. L'univers berkeléyen, qui consiste dans les idées que Dieu met en nous, paraît trop instable pour que la notion de loi ou de régularité se fasse jour : il faut que Dieu assure à chaque instant la concordance entre les représentations des consciences. En expliquant l'espace et le temps comme des formes fixes de l'intuition, Kant donne une assise à nos connaissances. L'idéalisme de Kant diffère de celui de Berkeley en évitant d'identifier l'être en soi au phénomène ; il identifie seulement l'être pour nous à l'apparaître, mais ce qui n'apparaît pas, demeurant inconnaissable, est pour nous comme s'il n'existait pas. Ceux qui en font la remarque, ou bien éliminent la chose en soi comme inutile, ou bien concluent que, en dépit de ce que Kant lui-même affirme, pour lui également esse est percipi.
En ce qui concerne la métaphysique, qui, avec Leibniz et Wolff, prétend faire des hypothèses ontologiques à l'aide des seules lumières de la raison, la pluralité des écoles, le manque de consensus et de résultats bien établis semblent à Kant témoigner contre elle. D'après les rationalistes classiques, les principes et les idées de la raison pure sont aussi les principes de la réalité en soi, « l'ordre et la connexion des idées est le même que l'ordre et la connexion des choses » (Éthique, II, prop. vii). Pour Kant, ces principes régissent notre conception des choses ; ils valent donc pour nos représentations, non pas pour le réel en soi. En conséquence, affirmer qu'un savoir véritable s'élaborera par le jeu logique de ces principes et des concepts qui en dérivent, sans liaison avec l'expérience, est illusoire. Les éléments utilisés dans la construction des systèmes métaphysiques sont a priori, mais cet a priori n'a de valeur qu'appliqué à une matière qu'on doit chercher dans l'expérience. Cette matière, l'intuition em […]
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