Ibuse Masuji est l'un des écrivains représentatifs du Japon contemporain. Sans interruption, il fut un véritable artisan de la littérature pendant plus d'un demi-siècle, du début de l'ère Shōwa jusqu'à nos jours, en maintenant toujours dans ses nouvelles et romans un niveau très élevé de finesse. Il sut décrire avec humour et sympathie la tragi-comédie des gens du peuple qui vécurent une époque difficile avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Sa prose, souvent qualifiée de “plébéienne”, lui valut en 1938 le prix Naoki de littérature populaire, mais sa vraie valeur ne semble pas encore pleinement reconnue. Ibuse est pourtant l'un des rares écrivains japonais à avoir su prendre du recul et se moquer de sa propre misère ; il aura toujours préféré sourire à la vie, plutôt que de se laisser envahir par le penchant suicidaire qui hantait tant les hommes de lettres de son époque.
Né à Fukuyama, Ibuse commença sa carrière vers 1930 en s'opposant au courant, alors très puissant, de la littérature marxiste. Il voulut libérer la littérature de toute idéologie politique et de tout idéal moral ou esthétique et participa au courant dit de la “littérature du non-sens (nan-sensu bungaku)”, qui manifestait une certaine ironie vis-à-vis de la littérature “grave” de l'époque. Il créa ainsi un monde littéraire correspondant mieux à l'esprit, dépourvu des valeurs traditionnelles et des valeurs modernes, de l'ère Shōwa.
De ses débuts à ses derniers jours, il n'a cessé d'élaborer un style apte à transmettre ses sentiments les plus délicats. Ce style plein de lyrisme et d'humour est un mélange complexe de divers modes de langages : il mêle la terminologie snob des intellectuels de la métropole et le patois des paysans, des expressions archaïques et des tournures ultramodernes nées d'une traduction littérale d'expressions occidentales. Cet étrange cocktail linguistique, sorti tout droit de l'atelier d'Ibuse, exprime bien l'esprit “méli-mélo” de son temps.
L'œuvre qui fit connaître Ibuse, La Salamandre […]
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