4. D'une fortune
L'Europe, le découvrant au xixe siècle, a dressé d'Ibn H̲aldūn une statue solitaire, lui déniant trop vite toute influence, malgré la certitude où l'on est de l'existence de disciples et, au moins dans l'empire ottoman, de la vivacité d'un héritage Et certes trop tard venu, il fut isolé. Mais à cette géniale solitude, servant parfois à rejeter dans l'ombre tout un contexte culturel, s'ajoutent les méfaits d'un véritable arrachement. En effet, et sans crainte d'altérer la vérité d'une pensée, on s'est livré à des comparaisons et des rapprochements avec Machiavel, Vico, Montesquieu, Gobineau, Comte et puis Hegel et Marx. On est passé, en un siècle, de la tentative de récupération purement colonialiste à l'essai d'interprétation marxiste de la pensée ẖaldūnienne. Mais toute altération est bénéfique : depuis peu, des chercheurs avertis, et parmi eux enfin des arabophones, s'évertuent à restituer, en traduction, la stricte exactitude d'un texte des plus difficiles et à mesurer, en toute objectivité, l'ampleur d'une pensée et la signification d'une entreprise.
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