Importante branche des khawāridj ou kharidjites, la secte des ibādiyya, ou ibadites, existe toujours dans le sultanat d'Oman et en Afrique du Nord (à Ojerba en Tunisie, dans le M'zab en Algérie et dans le djebel Nefusa en Libye). La tradition veut que cette branche se soit séparée des khawaridj extrémistes quand, en 684, ‘Abd Allah b. Ibād adopta envers les musulmans des autres sectes une attitude plus clémente et plus tolérante. Mais selon un spécialiste de ce mouvement, T. Lewicki, il faut en chercher les origines dans les groupes de quiétistes (qa‘ada) formés à Baṣra vers le milieu du viie siècle autour d'Abū Bilāl Mirdās b. Udayya al-Tamīmī. Au cours de leur histoire et de leurs luttes, ils durent souvent renoncer à s'organiser, autour d'un imām, en un État structuré. Mais, selon leur doctrine, il n'est pas nécessaire qu'il y ait un tel imām. Quand leur communauté est contrainte de s'en passer, elle entre dans l'état de clandestinité (kitmān). En de telles circonstances, il est possible que les ibādiyya aient besoin d'un chef pour les défendre : on l'appelle alors imām al-kitmān. Mais, en temps normal, l'imām régulièrement investi s'appelle imām al-bay‘a, ou imām ẓuhūr, le ẓuhūr désignant les circonstances où l'on peut se montrer ouvertement, par opposition au kitmān.
Plusieurs raisons expliquent que les ibādiyya aient subsisté : leur relative modération, qui fit que les califes et leurs généraux ne cherchèrent pas à les exterminer comme ce fut le cas avec les azāriqa ou azraqites, autre secte kharidjite ; le courage et la ténacité qu'ils surent montrer dans l'adversité ; surtout, le soin qu'ils apportèrent à conserver et à transmettre leur doctrine et leurs traditions. Ils eurent des théologiens de valeur, et une littérature religieuse et dogmatique, qui fait de nos jours l'objet de recherches islamologiques de plus en plus développées.
Roger ARNALDEZ
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