3. Une réalité excessive
L'art hyperréaliste réclamait l'attention du public en direction d'un monde hyperréaliste : monde de matières lavables, de Formica et d'inox, de sacs en plastique, de sachets de sucre et de papiers transparents (Schonzeit), de débits de fast-food, de banques (Estes), de vitrines, voitures et miroirs (Eddy) d'enseignes en néons (Cottingham), de carrosseries brillantes, de pierres tombales alignées comme dans un parking (Hucleux), d'animaux et de paysages au sublime peigné (Raffael). Mais à travers les gros plans du cinéma ou de la télévision, ce monde reformule aussi les notions d'intériorité, d'intimité (Close, De Andrea – né en 1941), voire de sexualité.
Il n'est pas indifférent que l'acte sexuel, dans toute sa crudité, ait été l'un des sujets à la fois les plus marquants et les plus estompés de l'hyperréalisme. Gerhard Richter comme Richard Artschwager (The Fucking Paintings) se servent d'images pornographiques en noir et blanc, images non admises dans la culture de masse et soumises à la censure. Mais il ne s'agit pas seulement d'hommes peintres. Betty Tompkins (née en 1945), a également commencé ses Fuck Paintings en 1969, partant de l'imagerie sexuelle explicite que son mari avait passée en contrebande et rapportée de Thaïlande « J'adorais le processus que j'avais mis au point, explique-t-elle en 2003 : j'utilisais seulement du blanc et du noir purs, tous les gris sont des mélanges optiques provenant des points de l'aérographe. J'étais habituée à peindre en grand format et j'ai pensé que c'était la taille appropriée pour mon projet. J'aimais ce genre d'images, directes, agressives et très abstraites. J'avais vingt-quatre ans, j'étais à New York, et je découvrais que les marchands ne s'intéressaient pas aux artistes qui avaient des seins. Tant qu'à être ignorée parce que j'étais une fille, autant me sentir libre vis-à-vis du marché. Et puis je voulais que les gens regardent mes tableaux avec suffisamment d'attention et qu'ils découvrent ce que j' […]
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