5. Idées sociales et politiques
La doctrine sociale de Zwingli est le corollaire de sa christologie : Mundum veni non modo redimere, sed etiam mutare (« Je ne suis pas venu seulement racheter le monde, mais bien le changer »). Le pivot en est la doctrine de la double justice divine et humaine, qui occupe dans ce système une place analogue à celle des deux règnes (Zwei-Reiche-Lehre) dans celui de Luther. La « justice divine » était le slogan des paysans qui s'autorisaient du Sermon sur la montagne (Matth., v) pour réclamer des réformes radicales, notamment l'abolition de la dîme. Zwingli lui juxtapose, dans un écrit de 1523, la justice humaine (cf. la justitia civilis des scolastiques), justice distincte mais subordonnée à la première. La justice humaine n'est pas un absolu, pas plus que l'autorité (Obrigkeit) qui est chargée de l'administrer. Toutes deux sont sujettes à un principe supérieur : die Richtschnur Christi (le commandement de l'amour), vers lequel elles doivent tendre. On retrouve, sous les termes de l'idéal et du concret ou relatif, la dialectique de la réalité et de la figure (ou ombre), qui détermine nombre de positions zwingliennes (néo-platonisme). En même temps, cette solution apparaît comme une voie moyenne entre deux tendances rivales : celle des radicaux (baptistes), qui n'admettaient aucun ordre extérieur qui ne fût fondé sur l'Évangile, et celle des princes et magistrats des villes, qui ne connaissaient d'autre règle que leur bon plaisir. À la différence de Luther, Zwingli accorde aux citoyens un droit de résistance à l'autorité pouvant aller jusqu'à la déposition du « tyran ».
Zwingli critique d'abord les dîmes, et ses sympathies vont à ceux qui vivent de leur travail. Mais quand les paysans rejettent les dîmes et que les paiements des intérêts sur morts-gages sont menacés, il maintient la propriété privée comme consécutive à l'« état de chute » et propose un certain nombre de réformes : ainsi les morts-gages ruraux se justifient seulement comme av […]
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