Zwingli est un personnage complexe et multidimensionnel. Humaniste et autodidacte, penseur religieux et réformateur, patriote et figure nationale suisse – certains ajoutent prophète biblique –, il est tout cela en une personne, dont la vie et l'action sont conditionnées par l'histoire suisse durant le premier tiers du xvie siècle. On ne saurait détacher ni abstraire tel ou tel aspect de sa personnalité sans fausser l'ensemble. Aussi convient-il dans toute étude, même partielle, de tenir toujours présentes à l'esprit ces différentes coordonnées.
1. Les débuts de Zwingli
Huldrych (Ulrich) Zwingli naquit à Wildhaus dans le Toggenburg, au pied du mont Santis (Suisse orientale). Il était le troisième fils de l'ammann (principal notable) du district. Le Toggenburg dépendait de l'abbé de Saint-Gall, mais était lié par traité avec Schwyz, l'un des cantons primitifs de la Confédération – ce qui explique la conscience patriotique « suisse » de Zwingli. Celui-ci fréquenta d'abord l'école primaire de Weesen (Walensee), puis la « Trivialschule » de Bâle et celle de Berne, dirigée par H. Wölflin (Lupulus). Inscrit à l'université de Vienne (en 1498 puis en 1500), il passa en 1502 à celle de Bâle où il fut formé dans l'esprit de la via antiqua ; il y devint bachelier ès arts en 1504 et maître en 1506 (sur la querelle entre reales et nominales dans les universités à cette date, cf. M. de Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, t. III, 1947). Nommé à la cure de Glarus après un semestre d'étude de théologie, il fut ordonné prêtre à Constance par l'évêque Hugo von Hohenlandenberg (sept. 1506). Son séjour à Glarus (1506-1516) fut interrompu par deux voyages en Italie du Nord (Novare, 1513 ; Marignan, 1515), où il accompagna les troupes suisses comme aumônier (Feldprediger). D'abord partisan de l'alliance papale, il obtint du Saint-Siège une pension annuelle de cinquante florins, à laquelle il renonça en 1520. La défaite sanglante de Marignan lui ouvrit les yeux sur les méfaits du mercenariat et du régime […]
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