Les circonstances ont voulu que les premiers textes importants écrits sur la musique afro-américaine l'aient été par un homme de race blanche qui n'était pas américain, mais français, et ne pratiquait la musique qu'en amateur. Ce paradoxe devait d'ailleurs introduire, à propos de la critique de jazz, une ambiguïté qui pèse encore sur elle. Reste que Hugues Panassié, en faisant du jazz un sujet d'analyse esthétique, a grandement contribué à le faire reconnaître à une époque où les mélomanes bien-pensants vitupéraient tous la « musique de nègres ».
Courageusement, il s'exposa aux quolibets et se dépensa sans compter pour la défense et l'illustration de cet art. Jusqu'au bout, la conviction, l'enthousiasme, l'offensivité seront ses vertus cardinales.
Hugues Panassié laisse une œuvre considérable, fervente mais aussi minutieusement documentée. À diverses reprises, en effet, sa passion le fait se rendre aux États-Unis, où il rencontre grands et petits maîtres du jazz et où il les interroge systématiquement sur leur carrière. Ces enquêtes lui permettent notamment d'établir une documentation discographique considérable. Lui-même, tant en France qu'aux États-Unis, organise des séances d'enregistrement avec les musiciens qu'il aime : certaines sont restées fort célèbres. Beaucoup de solistes noirs professaient à son égard une amitié fraternelle et même une sincère admiration. Plusieurs lui dédièrent des morceaux, comme le Panassié Stomp de Count Basie ou le Blue Panassié de Lionel Hampton.
En 1934, il publie son premier ouvrage (Le Jazz Hot) et fonde avec quelques amis le Hot Club de France. Sa bibliographie, dès lors, ne va cesser de s'étoffer : 144 Hot Jazz Records (1939), La Musique de jazz et le swing (1943), Les Rois du jazz (1944), La Véritable Musique de jazz (1946), Douze Années de jazz (1946), Cinq Mois à New York (1947), Louis Armstrong (1947), Jazz Panorama (1950), Quand Mezzrow enregistre (1952), Dictionnaire du jazz (1954, en collaboration avec Madeleine Gautier), Petit Guide pour une discothèque […]
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