3. Un parcours artistique varié
La première manière du peintre, après son accession à la maîtrise en 1467, s'esquisse autour du Retable Monforte (Staatliche Museen, Berlin). L'œuvre représente une Adoration des Mages qui est marquée par l'équilibre monumental et la sérénité de sa composition symétrique, baignée dans une lumière qui fait vibrer les couleurs chaudes et vives. Elle révèle un artiste en possession de ses moyens expressifs et fortement influencé par l'art de Jan Van Eyck. Van der Goes y excelle dans le rendu différencié des matières, des visages et des expressions. Les figures se détachent sur un arrière-plan architecturé construit autour d'une perspective centrale qui creuse vigoureusement l'espace. Projetés au premier plan, les personnages acquièrent une puissante monumentalité.
Le Retable Portinari montre une nette évolution stylistique. L'influence de Rogier Van der Weyden laisse sa marque dans le parti pris résolument linéaire des volets. Ce recul en termes de plasticité et de rendu de l'espace s'accompagne aussi d'un intérêt moins marqué pour le traitement tactile des matières. La composition renonce à l'équilibre classique du Retable Monforte au profit d'une conception plus dynamique, qui se traduit jusque dans les visages où éclate une expressivité inconnue jusqu'alors. Parallèlement, un sentiment nouveau s'insinue dans l'œuvre : une profonde mélancolie la sous-tend, décelable sur les visages, dans les tonalités froides où dominent le bleu, le brun et le vert. Ce sentiment sourd aussi dans l'iconographie : la joie de la naissance de l'Enfant semble tempérée par la perspective de sa mort sur la croix.
On a attribué à la même phase stylistique le Retable Bonkil, commandé par l'Écossais Edward Bonkil, prévôt de la collégiale de la Sainte-Trinité à Édimbourg (National Gallery of Scotland, Édimbourg). La Déposition de Croix de Vienne (Kunsthistorisches Museum), œuvre empreinte d'une grande tristesse, pourrait avoir été peint […]
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