2. Le régime du fleuve et ses facteurs
Le volume des eaux roulées par le fleuve Jaune n'est guère en rapport avec la taille du fleuve et de son bassin : 47 milliards de mètres cubes par an, soit deux fois moins que le Rhin et vingt fois moins que le Yangzi. Le bassin du fleuve Jaune ne reçoit en effet en moyenne que 400 millimètres de pluies par an : les deux tiers tombent en été en de violentes averses qui déterminent alors une crue énorme et soudaine, pouvant atteindre 20 000 mètres cubes par seconde (débit moyen 1 300 m3/s), un maximum de 36 000 mètres cubes par seconde ayant été enregistré en août 1843. Ces hautes eaux proviennent du bassin moyen du fleuve et en particulier du bassin de son principal affluent, la rivière Wei, où elles ne trouvent pas de zone d'inondation où elles pourraient s'atténuer. Il en résulte une progression rapide et puissante vers la Grande Plaine du Nord, ainsi périodiquement menacée et souvent dévastée malgré les 1 800 kilomètres de digues qui ont été établies tout le long du cours inférieur.
Le lœss qui recouvre sur des épaisseurs de plusieurs dizaines de mètres près du tiers du bassin du fleuve Jaune est la proie d'une érosion fantastique (10 000 t enlevées par kilomètre carré chaque année dans les régions les plus gravement touchées). Aussi le fleuve Jaune connaît-il une turbidité sans égale : 34 kilos de boues par mètre cube d'eau en moyenne, et jusqu'à 500 kilos par mètre cube en crue. C'est ainsi une charge solide de 1 300 millions de tonnes qui est roulée en moyenne chaque année, dont le tiers se dépose entre Mengxian et Lekou sur le cours inférieur du fleuve, qui, exhaussé progressivement, coule entre ses digues au-dessus du niveau de la plaine (qu'il surplombe parfois de 10 m !).
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