3. Un tournant dans la peinture chinoise
Reconnu comme un guide par ses cadets, l'influence de Huang Gongwang ne fit que grandir auprès de la postérité. Sous les Ming et les Qing, il fut inlassablement copié et étudié. Par l'intermédiaire des principaux chefs de file (surtout Shen Zhou au xve siècle et Wang Yuanqi au xviie), son art a largement conditionné de manière directe ou indirecte la production des lettrés durant cinq siècles. Néanmoins, la physionomie originelle de sa peinture n'a pas laissé de s'altérer à travers les réinterprétations successives qu'en ont données ses innombrables imitateurs.
Pour en redécouvrir le visage authentique, il ne reste guère qu'une seule œuvre attribuée avec certitude : heureusement, il s'agit d'une pièce maîtresse, le long rouleau Séjour dans les monts Fuchun (collection de l'Ancien Palais, Taiwan), exécuté entre soixante-dix huit et quatre-vingt-un ans, c'est-à-dire au moment où l'artiste se trouvait à l'apogée de son génie. Cette œuvre constitue l'un des jalons fondamentaux de l'évolution de la peinture chinoise ; elle suffit à elle seule pour consacrer Huang comme l'un des plus importants créateurs que la Chine ait connus depuis l'époque des premiers grands paysagistes du xe siècle. Commencée dans les monts Fuchun (Huang avait d'ailleurs l'habitude de faire des croquis sur le motif), elle fut lentement complétée durant trois ou quatre années, au gré de l'inspiration. Il s'agit donc typiquement d'une démarche de lettré qui n'obéit qu'à la seule allégresse de peintre et se laisse porter par les vagues successives du « caprice inspiré ». Malgré cette exécution différée, la cohérence de l'œuvre est sans faille ; elle présente à la fois l'unité rythmique d'un premier jet et la solidité d'une méditation lente et soutenue. Ce qui frappe dès le premier abord, c'est son caractère radicalement novateur : non seulement le paysage des Song du Sud se trouve entièrement éliminé, mais même cette volonté qu'avaient eue les premiers maîtres Yuan de remonter aux sources du paysage n'est plus guère apparente ici. Tout au plus pourrait-on encore discerner quelques vagues réminiscences de Dong Yuan, le premier grand paysagiste méridional, dont les œuvres servirent longtemps de modèle à Huang.
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