2. Un génie divers
Il ne s'adonna à la peinture que vers l'âge de cinquante ans. Il peut paraître surprenant que, malgré une vocation aussi tardive, il ait réussi à s'imposer comme l'un des plus importants créateurs qu'ait connus la peinture chinoise. En fait, il ne fit sans doute que transformer en occupation majeure une activité qui devait déjà lui être familière depuis longtemps, ne fût-ce qu'au titre de divertissement occasionnel. Tout lettré possédait des affinités étroites avec cet art, déjà par la seule pratique de la calligraphie. Mais il est typique de l'esthétique nouvelle que son principal représentant ait abordé la peinture d'une façon aussi impromptue et détachée. La renommée que sa peinture lui valut a fait quelque peu oublier ses autres talents, mais il aurait aussi bien pu s'illustrer comme poète ou comme penseur. Il portait, en particulier, un remarquable intérêt aux questions philosophiques et religieuses : vers la soixantaine, il adhéra à ce courant néo-taoïste qui, à l'époque, séduisait tant d'intellectuels (dont plusieurs peintres, tels Fang Congyi et Ni Zan), et il installa à Suzhou un centre consacré à l'étude et à la discussion de ces problèmes ; animant personnellement les échanges philosophiques qui s'y déroulaient, il impressionnait l'auditoire par sa science et son éloquence. Vers l'âge de quatre-vingts ans, il se replongea une fois de plus dans la solitude montagnarde et s'attarda quelque trois ans dans les monts Fuchun, en compagnie d'un moine de ses amis. Son chef-d'œuvre, le rouleau horizontal Séjour dans les monts Fuchun, est le fruit de cette retraite contemplative au sein de la nature. Rentré à Changshou, il y mourut à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
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