Né en Chine, où il ne vécut que quelques mois, Hou Hsiao-hsien devint, au début des années 1980, le chef de file du nouveau cinéma taiwanais, qui regroupait plusieurs jeunes cinéastes déterminés, dans la lignée d'un large mouvement intellectuel commencé à la fin des années 1970, à affirmer une identité spécifiquement taiwanaise en racontant leurs propres histoires, celles de leur terroir, dans des films qui eurent valeur de défi lancé au cinéma commercial (mélodrames et comédies sentimentales traditionnels) comme de critique implicite de la thèse officielle de la « réunification » de Taiwan avec la Chine continentale. Fort de ces principes, Hou Hsiao-hsien a mené à bien une œuvre où se manifestent autant une volonté de renouvellement esthétique qu'une inspiration romanesque personnelle, inséparable d'une prise en charge de l'histoire de son pays.
Sa vision méticuleuse des relations à l'intérieur des familles chinoises, des codes et des liens très complexes qui régissent celles-ci, comme sa description précise de la réalité sociale reflètent l'inspiration autobiographique de Hou Hsiao-hsien, qui perdit prématurément ses parents, passant alors sous la coupe d'une famille élargie, ce qui ne l'empêcha pas de faire, parmi les bandes de voyous, l'expérience des tensions que ceux-ci soulevèrent dans la petite ville de la province taiwanaise de ses jeunes années. Après deux premiers films dont il sera le premier à reconnaître le manque d'ambition artistique (Charmante Demoiselle, 1980, et Vent folâtre, 1981), son style, marqué par un réalisme contemplatif dont l'ampleur atteint une forme de lyrisme social, apparaît pleinement dans Les Garçons de Feng-kuei (1983), chronique des quelques jours que passent des petits voyous dans la capitale, Taipei (le cinéaste y tourna notamment dans la maison où il vécut étudiant), avant leur départ pour le service militaire. Un été chez grand-père (1984), récit des aventures et découvertes de deux enfants en vacances, met davantage encore en relief la sensibilité du […]
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