2. La sagesse des « Épîtres »
Parallèlement à cet effort de création qui le rendrait immortel, il le savait bien (Odes, III, xxx), Horace, jusqu'au terme de sa vie, s'est délassé dans des œuvres plus faciles qui continuent ces entretiens qu'avaient été les premières Satires. D'abord un second livre de Satires (vers 30), puis des Épîtres (entre 20 et 10) qui formellement ne se distinguent guère des Satires que par l'adresse de chacune à un destinataire défini. Cette différence a cependant son importance. Horace était, ce semble, de ces esprits qui ne prennent tout à fait possession d'eux-mêmes qu'en présence d'autrui ; mais, selon que l'interlocuteur est tel ou tel, c'est autre chose qu'on découvre en soi ; les Épîtres sont donc beaucoup plus personnelles. On a cru y découvrir l'attrait d'une sagesse nouvelle : Horace attend moins du hasard, des circonstances, de l'instant ; il s'appuie davantage sur l'expérience d'un pouvoir intime qu'il a découvert en lui : sa liberté comme aptitude à accueillir amicalement tout ce qu'offre la vie. Au point de vue théorique, il prend son bien de tous côtés, grand liseur sans doute mais incapable de s'enrôler dans une école de pensée. Il est facile de le mettre en contradiction avec lui-même. C'est qu'à ses yeux la morale n'est pas faite de maximes généralisables ; elle est plutôt affaire d'attention et de jugement. Il peut conseiller, il n'a pas à enseigner ; ce qu'il apporte, c'est son regard amical, sa confiance, sa gaieté, comme s'il induisait chacun à se trouver pour lui-même et à chaque instant sa morale.
Il est une de ces Épîtres qui a connu aux temps modernes une fortune extraordinaire, celle que nous appelons l'Art poétique et qui est en fait une très longue lettre (476 v.) adressée à de jeunes amis, les frères Pison, sur les problèmes du théâtre romain. C'était un sujet d'actualité, Auguste lui-même s'y intéressait et Horace l'avait déjà traité, s'adressant à l'empereur (Épîtres II, i). En fait, les problèmes propres à l'art dr […]
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