7. Le drame et la verve
S'il convient d'insister sur le non-dit balzacien, c'est que l'impression première est celle d'un trop-dit. De la même façon, il convient de faire échapper le roman balzacien au moule où l'exclusive lecture de deux ou trois œuvres l'a trop vite enfermé. Il y a un Balzac « standard », qu'a imposé la lecture d'Eugénie Grandet, à vrai dire mal lue. Or, même dans le cas d'Eugénie Grandet, le début de l'ouvrage n'est pas une description, encore moins une description statique, que suivrait, sitôt passée cette zone si longue et si ennuyeuse à lire, le drame, né d'un événement cristallisateur. Après quoi la lecture se précipiterait, enfin ! d'une seule traite jusqu'au dénouement ! D'abord, le « drame » est présent dès le début. Ensuite, une certaine allégresse du ton donne à l'exposition elle-même un mouvement tout proche de l'oralité. Que l'on s'imagine lire l'ouvrage à haute voix, et les interpellations, les plaisanteries, les mots en italique, les citations de paroles du Saumurois reprennent vie et relief, la phrase retrouve toute sa verve, souvent satirique. La « description » est d'un moraliste et d'un homme d'esprit tout à la fois, l'un et l'autre doublés d'un auteur dramatique ayant le sens du mot juste. Et, avant toute chose, si l'on échappe au carcan des habitudes et de la seule esthétique de la représentation, on retrouvera le sens quelquefois perdu de la lecture de Balzac, qui est, avant tout, un inépuisable conteur, l'auteur, comme il voulait l'être, des « Mille et Une Nuits de l'Occident ». Pour illustrer ce propos, voici deux phrases du début d'Eugénie Grandet : « Les habitants de Saumur étant peu révolutionnaires, le père Grandet passa pour un homme hardi, un républicain, un patriote, pour un esprit qui donnait dans les nouvelles idées, tandis que le tonnelier donnait tout bonnement dans les vignes » ; et encore : « M. Grandet quitta les honneurs municipaux sans aucun regret. Il avait fait faire dans l'intérêt de la ville d'excellents chemins qui […]
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