5. « Plus historien que romancier »
Le constant souci de parvenir à la synthèse par l'analyse, l'incessant va-et-vient du tout à la partie et de la partie au tout, ce sont là, déjà, méthodes d'historien. Que Balzac ait voulu se faire l'historien de son siècle, il l'a en mainte occasion proclamé. Il a « pour idée fixe », écrit-il dans la Préface de La Femme supérieure (devenu Les Employés), « de décrire la société dans son entier, telle qu'elle est » et même ajoute-t-il, il est « plus historien que romancier ». Dès la Préface du Dernier Chouan, il proclamait : « les choses parlent d'elles-mêmes et parlent [...] haut ». Faire parler les choses, faire parler l'histoire de son siècle, « la grande comédie de ce siècle », telle est son ambition. Il veut appliquer à l'histoire récente, à la société présente les méthodes qu'il avait vu appliquer au passé médiéval par Walter Scott, lu par lui dès le printemps de 1820. Balzac trouve en effet chez le romancier la réponse à deux questions essentielles. La première : comment éviter de faire une histoire « sèche », une « peinture sèche des faits et gestes », une « nomenclature sèche » ? La seconde : quelle solution littéraire adopter pour qui veut « faire concurrence à l'état civil » dans un roman, dans une fiction ? Mieux encore que Scott ne l'avait fait, Balzac a cherché à « coordonner une histoire complète dont chaque chapitre eût été un roman ».
Balzac n'a pas pour autant entièrement négligé l'événementiel pour faire, en quelque sorte, une histoire des mentalités. Les références aux personnages historiques sont nombreuses. En tête, et de très loin, vient Napoléon. En second, Catherine de Médicis, pour ses mots : « Eh bien, nous irons au prêche », quand elle croyait perdue la bataille de Dreux ; pour sa devise : Odiate e aspettate ! (Haïssez et attendez !). Quant aux personnes réelles de la société contemporaine dont les personnages de Balzac seraient la copie conforme, s'il est légitime d'y songer souvent, on ne saurait les considérer comm […]
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