4. Les mutations des années 1989-1990
Dans la chaîne des révolutions est-européennes de 1989, la Hongrie fut, après la Pologne, le deuxième maillon. À quel moment exact a-t-elle franchi « le cap » ? Quand a-t-elle cessé d'être un pays de type soviétique ? Impossible de répondre avec précision. Car, pour la Hongrie, le passage à la démocratie s'est effectué à la faveur d'une évolution sans éclats, au moyen de petites étapes dont chacune n'a apporté que des compléments aux innovations précédemment acquises.
Aux origines de cette évolution, deux séries d'événements (pour autant qu'on se limite au paysage national en laissant de côté une troisième série non moins décisive : celle des changements survenus à Moscou sous l'impulsion de Mikhaïl Gorbatchev). La première série remonte aux années soixante-dix, elle est liée au réveil de la société hongroise. L'autre série concerne les structures mêmes du pouvoir communiste, elle se présente comme une crise multiple (de gestion économique, de succession politique et de légitimité idéologique) que le régime ne parvenait plus à surmonter. L'année 1989, marquée par une conjonction d'événements externes, les uns plus favorables que les autres, permit alors à la société hongroise de résoudre la crise du régime communiste en mettant fin à celui-ci.
• Le réveil de la société hongroise
Après une longue léthargie due à la défaite de 1956, c'est au cours des années soixante-dix que la société hongroise en est venue à se réactiver. En 1968, seule une poignée d'intellectuels osa élever la voix contre l'invasion de la Tchécoslovaquie voisine. Mais quelques années plus tard, encouragée sans doute par une relative tolérance des autorités, la création intellectuelle a pris ses distances avec l'idéologie officielle. Dans la production littéraire et artistique comme dans les publications touchant à l'histoire ou aux sciences sociales, le choix des thèmes devenait plus libre de même que la manière dont on les traitait : le parler marxiste-léniniste a perd […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 47 pages…



