3. Roman d'amour, roman social
Ce renoncement au monde et le sentiment de la vanité de l'amour ne sont pas les idées maîtresses du livre, bien que cette thèse ait été soutenue par Yu Pingbo, dont les théories ont soulevé en Chine une grande controverse amorcée en septembre 1954. Cette controverse, qui s'est étendue sur plusieurs années, a eu tout au moins un résultat fécond : les études minutieuses de divers critiques ont révélé bien des aspects nouveaux de Cao Xueqin et de son œuvre. Il apparaît que, loin de prôner le renoncement, l'auteur exalte l'amour idéal fondé sur le consentement mutuel et l'harmonie des pensées ; il l'analyse avec une profondeur et une délicatesse qui mettent le Hong lou meng au premier plan de la littérature romanesque.
Mais l'œuvre ne se réduit pas à une simple intrigue amoureuse. Grâce à sa propre expérience nourrie de la tradition ancestrale, Cao Xueqin montre, à travers la grandeur et la décadence de la famille Jia, le déclin inéluctable de la classe féodale, exploitant jusque-là le peuple. D'une part, il dépeint la vie fastueuse des privilégiés à travers le petit univers des deux palais voisins de la Paix et de la Gloire : intrigues, tantôt galantes, tantôt sordides, loisirs frivoles, organisation de fêtes ou de banquets au cours desquels les jeunes, en particulier, font assaut d'esprit. D'autre part, il dénonce avec ingéniosité, en touches discrètes, l'hypocrisie des institutions traditionnelles, l'exploitation de l'homme par l'homme qui se fonde sur le système de l'esclavage et de la justice illusoire.
Le Rêve dans le pavillon rouge, miroir de la société chinoise du xviiie siècle, avec sa douceur de vivre et ses misères, avec sa splendeur apparente et ses tares secrètes, peut être considéré comme un des plus grands monuments de la littérature universelle.
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