6. L'homosexualité féminine longtemps passée sous silence
Si on a fréquemment tendance à confondre homosexualité masculine et féminine (et le terme homosexuel y incite), il est impossible de mêler systématiquement les deux histoires. Pour une large part, les pratiques policières et religieuses à l'égard du lesbianisme sont fondamentalement différentes de celles qui condamnent les hommes homosexuels.
Si l'homosexualité féminine a paru longtemps moins choquante que celle des hommes, c'est parce qu'on l'a entourée de silence. Depuis la poétesse grecque Sappho, vers 600 ans avant J.-C., il semble que le lesbianisme soit marqué par un grand vide : très méconnu, peu réprimé, tardivement nommé (le terme apparaîtrait vers 1600, forgé à partir du nom de l'île de la mer Égée, Lesbos, mais serait surtout diffusé par Baudelaire dans Les Fleurs du mal) ; plus que toute autre son histoire reste à écrire.
Il y eut certes, au xixe siècle, les « bavardages » d'écrivains comme Théophile Gautier, Daudet, Maupassant ou même Balzac – malgré son très précoce La Fille aux yeux d'or –, mais ces ouvrages ne faisaient souvent que prolonger un discours profondément misogyne. De cette manière, le silence presque total des femmes elles-mêmes redoublait celui de la loi. Pourtant, entre 1905 et les années 1960, le salon sis 20 rue Jacob à Paris de Natalie Clifford Barney, Américaine surnommée « l'Amazone », va devenir le centre d'une « agitation saphique » qui n'a pas eu d'équivalent depuis. Ces femmes volages et exaltées qui arborent vestons, cravates et monocles appartiennent à la légende. Les écrivains de la Belle Époque qui ont « goûté à la brioche maudite » s'y retrouvent : Renée Vivien, Djuna Barnes, Liane de Pougy... Le salon ne désemplit pas jusqu'à la guerre. Radclyffe Hall (l'auteur du fameux Puits de solitude, 1928) y débarque, comme Gertrude Stein et Alice Toklas. « Je suis très capable de prévoir votre légende future, écrit Marguerite Yourcenar à Natalie Barney, [...]. On admire surtout, s […]
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