3. De Hegel aux sciences de l'homme
• Le retournement hégélien
Tout autre est la signification du moment hégélien. Du point de vue qui a été adopté, ici, on dira que Hegel cherche tout à la fois à renouer le lien du sujet et du monde, et à maintenir le primat de la pensée théorique, voire à le renforcer. Il y réussira en identifiant savoir et discours, et en niant, au nom de cette identification, que la science positive, modèle paradigmatique, avoué ou secret, de tout savoir depuis l'aurore des temps modernes, mérite la plénitude de ce nom. Le discours sur la chimie n'est pas de la chimie, il n'est pas chimique, au lieu que le discours sur la pensée est pensée au premier chef, comme est aussi humain au premier chef le discours de l'homme sur lui-même. L'identité du savoir et de son objet – qui supprime l'objet en tant que tel – définit le savoir absolu et l'absolu du savoir. Le savoir de la science dite positive n'est donc qu'un savoir, incomplet, infirme et, sous cette forme, provisoire, en attendant qu'il passe dans le discours total dont il sera alors un moment. On ne peut ici avoir pour propos de montrer quels fondements Hegel assigne à cette coextensivité du discours, de l'homme et de l'absolu, et comment il la justifie. On doit se borner à comprendre ce qui s'ensuit pour l'homme et pour son rapport au monde et à la science.
Le devenir phénoménologique du logos part de la conscience naturelle la plus pauvre (Hegel dit : la plus abstraite), c'est-à-dire de celle qui est simple visée de n'importe quel « ceci » vécu. Il traverse ensuite, avant d'aboutir à l'esprit absolu, l'expérience tout entière, par une série de transformations successives qu'il doit s'imposer de par la nécessité même du sens qui le meut. Le discours de l'expérience, puisque c'est ainsi qu'il faut le nommer, fait du sujet, d'autrui, de la nature et du monde, le lieu de l'articulation progressive du concept qui sera, finalement, l'idée concrète, lorsque le progrès de son devenir aura cessé de lui découvrir ou de lui constituer des significations ou des a […]
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