3. « L'Iliade »
• « L'Iliade » et l'esprit héroïque
C'est L'Iliade qui a trouvé chez les Anciens la plus grande faveur ; c'est d'elle que nous possédons le plus grand nombre de papyrus comme de manuscrits. C'est elle qui, de L'Énéide à La Henriade, a fourni le modèle de la haute poésie. Certes sa composition se saisit d'un coup d'œil, si nette que l'on se demande comment on a pu la contester. Une seule action, concentrée en quelques grandes journées : l'injure initiale subie par Achille, son retrait des combats, la défaite qui menace les Achéens, l'intervention et la mort de Patrocle ; pour la venger, le combat singulier d'Achille et d'Hector, couronnement longuement attendu ; enfin, grâce aux jeux funéraires et à la clémence d'Achille, l'apaisement des passions recherché des Grecs. Mais l'auditeur qui se laissait simplement aller à la narration, ce qui l'a captivé, n'est-ce pas la fréquentation des héros et des dieux ?
Que l'on ne se méprenne pas à ce mot de héros. L'Iliade ne représente pas des hommes parfaits. Pas davantage des monstres parfaits. Les plus grands ont leurs défauts et leurs faiblesses. Le plus violent, Achille, a ses moments de douceur, de mélancolie ou de chagrin profond. Pas d'obéissance passive ; en pleine guerre on discute de tout, et avec une éloquence naturelle qui fait présager la naissance de la tragédie. L'Iliade est certes remplie de batailles, de morts violentes rapportées avec un sens presque chirurgical des blessures infligées ; mais elle n'est ni belliciste ni sanguinaire. Elle a le goût de la prouesse individuelle ; mais elle l'applaudit tout autant sur le terrain de jeux que sur le champ de bataille. L'ardeur au combat saisit les troupes aux débuts de journée, surtout quand des divinités l'attisent ; mais, chaque fois que l'aède parle de la guerre ou de la mêlée, il dispose pour la qualifier d'un luxe d'épithètes qui insistent sur son horreur. L'épopée ne s'achève pas sur la victoire d'Achille (présage, au demeurant, de sa mort prochaine), mais sur le respect témoigné à sa victime par les dieux qui en préservent le corps, et surtout sur le renoncement du […]
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