2. Internationalisme révolutionnaire et nationalisme vietnamien
Le testament que Hô Chi Minh a laissé à ses compagnons apparaît en quelque sorte comme un autoportrait. On y trouve d'abord l'un des traits permanents de ce révolutionnaire : la priorité absolue donnée à l'action sur la doctrine, aux exigences de l'immédiat sur les préoccupations d'une stratégie à long terme. Les premiers mots ne sont pas pour proclamer des principes, comme l'eussent fait Lénine ou Mao, mais pour affirmer que la lutte contre l'agression américaine était primordiale et se terminerait par la défaite des impérialistes. On y remarque aussi avec quelle insistance le leader disparu parle de la « morale révolutionnaire », au dépens des idées et des théories qui n'occupaient déjà qu'une place infime dans son œuvre. Apparaît ainsi l'homme d'action, le praticien, on dirait même le pragmatique, l'homme du fait plutôt que l'homme du concept.
Un autre élément essentiel de ce texte d'adieu est la vigueur avec laquelle M. Hô rappelle son appartenance au mouvement ouvrier et à l'internationale prolétarienne. Les seuls noms de « grands ancêtres » cités sont ceux de Marx et de Lénine – alors que les textes émanant du Vietnam en guerre sont d'ordinaire plus riches en références aux héros nationaux. En outre, la dernière phrase se termine par un appel à la « révolution mondiale », ce qui ne remet pas en question la composante proprement patriotique de l'action et du personnage de Hô Chi Minh, mais incite à nuancer l'opinion, souvent formulée, selon laquelle le marxisme ne lui était jamais apparu que comme un outil pour assurer l'émancipation de son pays. Cette opinion se fonde sur des propos et des gestes nombreux, qui vont de la dissolution du Parti communiste indochinois en 1945 (mesure provisoire, mais qui fit scandale dans l'Internationale) à l'offre d'une négociation directe à la France, en 1953, puis aux États-Unis, en 1968, sans consultation préalable des deux « grands » du camp socialiste.
En fait, l'ori […]
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