Depuis le xviiie siècle, en Occident, on prend de plus en plus clairement conscience du fait que le monde humain dans son ensemble, y compris pour ce qui concerne les domaines de la culture et de la société, est soumis au changement historique. Ces changements font l'objet des réflexions de l'historiographie et de la philosophie de l'histoire.
1. Formation d'une conscience historique
C'est dans le contexte de la nouvelle conscience historique que prennent forme, aux environs de 1800, le mot et le concept d'« historicisme » (Friedrich von Schlegel, Novalis). Sous des angles différents, ce concept met en évidence le changement historique et ses effets, ainsi que la manière de se situer face à ceux-ci. Dès le xixe siècle, le terme connaît une telle multiplicité d'emplois qu'il paraît difficile de parler d'une « essence » de l'historicisme. Il désigne en effet : a. une considération historique universelle, qui appréhende toutes choses sous l'angle de leur devenir et de leur déclin ; b. la philosophie de l'histoire, qui discerne un progrès irréversible dans l'histoire humaine (ce qui explique pourquoi le marxisme lui-même fut parfois interprété comme une variante de l'historicisme) ; c. en même temps, le terme désigne le maintien des anciennes traditions et le regard nostalgique qu'on porte sur les époques du passé. Dans cette acception, il devient une désignation critique du conservatisme et du romantisme ; d. à partir de la fin du xixe siècle, le terme « historicisme » est utilisé pour critiquer et dénoncer l'orientation des sciences de l'esprit, que la richesse de leur savoir historique empêche de proposer des critères normatifs permettant d'évaluer l'agir et les comportements. L'historicisme revêt dans ce cas le visage d'un objectivisme et d'un positivisme historique ; e. parce que le savoir historique met en évidence les transformations que subissent toutes les valeurs et normes culturelles, la conscience historique semble enfin déboucher sur un relativisme qui abolit tous les principes fer […]
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