Les pauvres sont ceux qui, par eux-mêmes, sont incapables d'assumer pleinement et librement leur condition d'homme dans le milieu où ils vivent. Quels que soient l'époque, la région, le type de société, dénuement, dépendance, faiblesse, humiliation accompagnent la condition des pauvres ; en outre, ceux-ci sont dépourvus de tout ou partie de moyens, variables selon les milieux, de tenir un rang social : argent, vigueur physique, capacité intellectuelle, qualification technique, science, honorabilité de la naissance, relations, influence, pouvoir, liberté et dignité personnelles. La précarité, sinon la déchéance, sont leur partage. Ils sont anonymes, isolés même dans la masse ; ils n'ont aucune chance de se maintenir ou de se relever sans l'aide d'autrui. Vivant au jour le jour, et dans l'attente perpétuelle de lendemains meilleurs, ils sont aussi accessibles à toutes les espérances, à toutes les illusions, à tous les mythes, que prompts au désespoir et à la révolte. Applicable à tous les types de société, cette définition inclut tous les frustrés, tous les laissés-pour-compte, tous les marginaux, tous les asociaux, à côté des chômeurs, des mal payés, des infirmes et des ratés. Elle n'exclut pas non plus ceux qui, par idéal ascétique, mystique et charitable, ont voulu délibérément vivre pauvres parmi les pauvres. L'histoire des pauvres est donc étroitement liée à l'évolution du milieu, sous tous ses aspects, social, économique, technique et mental.
Les problèmes, cependant, ne sont pas simples. Les mots pauvre, pauvreté sont ambivalents et ambigus. Le second recouvre une notion exprimant simultanément une vertu et une abjection ; il désigne aussi des réalités sociales nuancées. Ainsi, par pauvre, il faut entendre des types sociaux forts divers et le mot comporte, sinon des synonymes, du moins des équivalents nombreux. Historiquement, géographiquement et socialement, la condition du pauvre, essentiellement relative, comporte des degrés séparés par des seuils économiques, biologiques, sociaux.
À ces diffi […]
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