9. Poids du passé, « leçons du passé »
La « crise du futur », c'est-à-dire la fin d'une certaine croyance en un progrès linéaire et continu, a redonné par ailleurs une légitimité très forte au regard historique, rétrospectif, et à l'idée que la connaissance du passé est en soi porteuse de « leçons ».
L'histoire du temps présent a donc été amenée à se pencher sur un siècle marqué au fer rouge par deux guerres mondiales, deux grandes crises économiques, l'avènement de formes nouvelles et inégalées de tyrannies politiques (le fascisme, le nazisme et le léninisme-stalinisme), et une accélération sans précédent des innovations technologiques et scientifiques, autant d'éléments « contingents » que l'historiographie ne pouvait ignorer au profit de la seule « longue durée » chère à Braudel. Sa vitalité tient au fait qu'au même moment, dans nombre de pays, les interrogations sur le passé proche (la Seconde Guerre mondiale, le communisme, les guerres coloniales) ont connu des développements d'une ampleur et d'une nature inédites, au premier rang desquels il faut ranger la mise en procès d'anciens criminels de guerre nazis ou d'anciens protagonistes des régimes ayant collaboré avec le IIIe Reich. Cette actualité du passé, ces formes d'anamnèse collective ont donné aux historiens du temps présent un rôle particulier dans la cité, un statut d'« expert public », une posture de « gardien de la mémoire », et une « médiatisation » importante : on l'a vu notamment avec la présence d'historiens à la barre des procès du milicien Paul Touvier, en 1994, et de l'ancien préfet Maurice Papon, en 1997-1998, ou encore avec la multiplication des « commissions d'historiens », en France, en Suisse, en Allemagne, dans le cadre de certaines grandes entreprises, etc. Cette présence du passé proche dans l'espace public a été, et continue d'être, un élément essentiel de réflexion sur l'éthique des historiens du temps présent et, partant, sur l'éthique du métier d'historien au sens le plus large du terme.
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