8. La mémoire, un nouveau territoire historien
De même, la confrontation entre un discours savant sur le passé et une parole vive sur ce même passé a entraîné les historiens du temps présent à s'interroger sur les phénomènes de « mémoire », une réalité qu'ils rencontrent dans leur pratique quotidienne et qui est devenue, pour certains, un domaine d'investigation en tant que tel : c'est le cas par exemple de l'histoire de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, qui est devenue un territoire historien à part entière, dans la mesure où la mémoire du Génocide constitue depuis les années 1970 un problème politique, moral, judiciaire et culturel de première importance ; le phénomène s'observe également pour d'autres événements traumatiques, comme les guerres coloniales, l'analyse de la mémoire étant là encore une manière d'étudier la survivance active du passé dans le présent.
Les récits sur le passé tels qu'ils sont portés par des sujets qui peuvent se prévaloir d'une expérience individuelle et collective ne sont pas de même nature que le récit historien qui, lui, tente la mise à distance et cherche à ignorer une part des affects dont sont porteurs les acteurs. Mais ce dernier ne les ignore pas totalement parce que, précisément, l'historien du temps présent travaille sur un « passé qui n'est pas encore passé ». Il se situe, délibérément, dans une tension entre l'éloignement – un spécialiste de quarante ans qui travaille sur la période de Vichy n'a pas connu directement les événements, situation qui est celle de la plupart des historiens – et la proximité – cette période est suffisamment proche pour avoir laissé des traces vivantes et douloureuses dont il est obligé, dans son travail, de tenir compte. Il travaille ainsi à la frontière de ce qui pourra être considéré par le sens commun comme de l'« histoire », c'est-à-dire une période révolue, et un présent auquel il tente de donner une profondeur rétrospective. Il est, de ce fait, placé en première ligne dans les débats publics sur la « mise en histoire » d'év […]
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