5. La passion du passé
La troisième objection récurrente faite à la possibilité d'une histoire du temps présent est le risque de voir cette écriture de l'histoire prisonnière de passions encore vives. Parce qu'elle est tributaire d'enjeux contemporains, parce qu'elle met en lumière des personnages vivants qui peuvent, légitimement ou non, aspirer à l'oubli, parce qu'elle participe à sa manière d'une préoccupation récente pour la transparence, cette histoire peut paraître suspecte, et les historiens qui la pratiquent se voir soupçonnés de partialité ou de manque d'objectivité.
Or, là encore, l'objection est de faible portée dans la mesure où nous vivons une époque où c'est l'histoire tout entière qui peut constituer un réservoir d'enjeux politiques de toutes sortes, en particulier des enjeux identitaires. Les débats en France autour de Clovis ou du bicentenaire de la Révolution française en sont un bon exemple, de même que la justification de conflits récurrents qui puisent leurs racines dans des périodes très reculées : il suffit de penser à la situation au Proche-Orient, où l'évocation mythique du passé biblique se mêle à des questions de stratégie très contemporaines ; ou encore aux guerres dans l'ex-Yougoslavie dont les causes s'enracinent dans la chute du système communiste mais aussi dans l'histoire de l'Empire ottoman, voire dans celle des rapports conflictuels entre le monde chrétien, le monde musulman et le monde orthodoxe. En la matière, l'éloignement dans le temps n'est en rien un facteur d'apaisement, et l'intensité des polémiques autour d'un événement historique ne dépend que très modérément de la distance temporelle qui nous en sépare.
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