3. Sciences de la sexualité et volonté de savoir
L'aspiration au contrôle de l'activité reproductrice est une des conditions de l'émergence, dans le champ du savoir et dans la conscience des acteurs, d'une sphère de la sexualité obéissant à des lois propres. Vers le milieu du xixe siècle, l'apparition d'un langage spécifique de la sexualité, sans référence à la théologie, et de plus en plus indépendant de la question de la reproduction, traduit une « volonté de savoir » (Foucault, 1976), associée à de nouvelles techniques disciplinaires de pouvoir sur le corps. Pédagogie, psychiatrie, psychologie, hygiène, médecine et première sexologie cherchent toutes à réguler les conduites quotidiennes et les comportements individuels à partir d'énoncés qui définissent le normal et l'anormal, abandonnant l'ancien discours moral sur la chair.
L'effort de normalisation prend pour cibles les enfants, menacés par la masturbation, et les femmes. La première science de la sexualité instaure une tentative de médicalisation générale des comportements. Elle se préoccupe de tout ce qui menace la sexualité normale, aussi bien les maladies vénériennes, grande peur du xixe siècle, que les perversions, dont un tableau détaillé est donné, notamment par Krafft-Ebing. Il en résulte une incorporation paradoxale des perversions, petites et grandes (de la sexualité orale à la zoophilie), au champ de la sexualité, ainsi qu'une première spécification des identités sexuelles : alors que le sodomite d'antan était un pécheur, éventuellement récidiviste, l'homosexuel devient une espèce, définie par une sensibilité sexuelle particulière.
La théorie freudienne de la sexualité, au début du xxe siècle, franchit un pas de plus dans ce mouvement d'incorporation des perversions dans la normalité, puisque ce n'est plus l'instinct de reproduction mais la recherche du plaisir, y compris pervers, qui est considérée comme la prédisposition originelle. La mise en place d'une sexualité normale, que Freud définit comme un choix […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 10 pages…



