Il n'existe pas d'état de nature de la sexualité humaine, qui est toujours déjà une expression de l'histoire et de la culture. La construction culturelle ne vient donc pas censurer un prétendu instinct naturel, mais elle établit ou modifie les bases sociales de l'interaction sans laquelle rien de sexuel ne saurait jamais advenir.
Alors qu'au sein d'une espèce animale le comportement sexuel est uniforme et stéréotypé, l'espèce humaine a inventé un grand nombre de répertoires sexuels. En témoigne la diversité des pratiques, des représentations et des normes dans les divers segments d'une même société, dans des sociétés différentes ou d'époques historiques distinctes. La sexualité humaine est la seule à connaître cette historicité, cette sensibilité à l'organisation sociale, cette obligation de faire sens.
Longtemps pourtant, sexualité et reproduction humaines avaient fait à tel point partie intégrante de l'ordre du monde qu'elles n'étaient pas perçues comme un domaine à part, qui aurait obéi à des lois particulières. La procréation était inscrite dans une métaphysique, embrassant la nature et les corps, qui témoignaient d'un ordre des sexes immuable, et de sociétés se reproduisant à travers l'alliance et la filiation.
Cet ordre a cessé d'aller de soi. Une étape importante est l'apparition en Occident, dans la seconde moitié du xixe siècle, du terme même de sexualité et de savoirs qui la prennent pour objet, en rupture avec le discours religieux traditionnel sur la chair, parallèlement à l'invention de techniques et de disciplines du corps qui distinguent strictement le normal et l'anormal, comme l'a montré Michel Foucault dans le premier volume de son Histoire de la sexualité. La médecine se constitue alors comme le savoir de référence sur la sexualité. L'Occident contemporain est aussi le premier à connaître l'expérience d'une réduction volontaire de sa fécondité, qui est allée de pair avec l'émergence de nouvelles attitudes en matière de rapports conjugaux et amoureux et d'une nouvelle conception de la différence des sexes, désormais […]
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