3. Prééminence de la Grande-Bretagne
Au xviiie siècle, les principaux foyers politiques, économiques et culturels du pourtour nord de l'océan Indien et surtout la Perse et l'Inde, que leurs affrontements réciproques affaiblissent encore, déclinent irrémédiablement. Le ravage de l'empire de Delhi par le Persan Nadir Shah en 1739 ébranle tout l'Orient. En Birmanie, en Malaisie, en Indonésie, des États naguère puissants se fractionnent et s'enlisent dans des querelles dynastiques qui font le jeu des Hollandais expansionnistes. La Chine de Qianlong se ferme presque totalement, tolérant à peine le négoce européen par les seules fenêtres de Macao et de Canton. Dans cet Orient ébranlé, des influences habiles, sournoises ou brutales vont jouer, annonçant que l'heure de l'impérialisme européen a maintenant sonné.
Les conséquences des guerres et des vicissitudes européennes se feront fâcheusement sentir sur les établissements hollandais d'Afrique du Sud et de Ceylan, qui seront abandonnés finalement aux Anglais. Par contre, l'empire hollandais d'Insulinde reste intact et les Hollandais s'étendent à Sumatra. Leur domination y est lourde. Afin de préserver la rentabilité de la culture des épices et de maintenir les cours, les Hollandais interdisent ces cultures aux paysans autochtones, les plongeant ainsi dans la misère. Ils détruisent les arbres en surplus, ou bien cantonnent sévèrement les cultures dans des secteurs où elles sont menées par d'implacables planteurs utilisant des esclaves importés. Des neutres, comme les Danois, savent profiter des circonstances et se livrent à une active contrebande entre les possessions des belligérants français et anglais. Des tard-venus tentent aussi leur chance commerciale : on verra dans l'Océan des vaisseaux de Prusse, de Brandebourg, de Pologne, de Gênes, de Trieste, d'Espagne, et surtout ceux de cette Compagnie impériale d'Ostende, que la jalousie des compagnies des puissances maritimes contraignit à suspendre ses activités en 1727 (elle sera dissoute en 173 […]
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