5. Le paysage chez Hiroshige et chez Hokusai
Il est certain que, dans ses qualités essentielles, Hiroshige doit beaucoup à Hokusai : la hardiesse des compositions, la stylisation et les raccourcis, la transposition en termes purement japonais de principes de l'esthétique européenne.
Mais, alors que la composition de Hokusai vise à restituer le dynamisme des éléments, en usant du rythme des lignes et des surfaces, l'art de Hiroshige, plus statique et plus calme, fait appel avant tout à la couleur pour rendre l'atmosphère d'un site et l'émotion ressentie.
Dans les paysages de Hokusai, l'homme mène une vie propre indépendante du site qui l'entoure ; Hiroshige conçoit l'humanité comme élément intrinsèque de la nature, pleinement intégré au paysage.
Enfin, si Hokusai s'impose, dans ses œuvres, davantage par la puissance étonnante de sa personnalité que par la séduction du paysage qu'il dessine, Hiroshige par contre, concevant son rôle comme celui d'un simple intermédiaire entre la nature et le spectateur, charme par l'atmosphère qui se dégage de ses œuvres, touche par l'émotion qu'il ressent et donne à partager. On remarque cependant qu'il n'a cherché à rendre qu'un seul trait de la nature : sa beauté, écartant résolument tout élément angoissant ou terrifiant.
Plus encore que le génial Hokusai, Hiroshige fut l'artiste paysager par excellence, car en livrant, dans des compositions d'où émanent une harmonie et une paix parfaites, le caractère essentiel de la nature, il a su rendre familière à n'importe quel spectateur une vision réaliste de la beauté.
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