Taine a été l'un des maîtres à penser de la France dans le dernier tiers du xixe siècle, et il a été admiré hors de France par les Anglais, dont il avait interprété la littérature avec maîtrise et quelque dogmatisme, par Nietzsche en Allemagne, par Brandes en Scandinavie, par nombre d'Italiens et d'Américains. Ses théories trop absolues ont été maintes fois réfutées ; l'éclat de son style un peu artificiel s'est terni ; sa foi en la science n'est plus celle des modernes. Mais, comme critique littéraire et critique d'art, comme psychologue et historien, il reste l'un des penseurs les plus importants et l'une des figures les plus attachantes du xixe siècle finissant.
La fortune de Taine subit une éclipse lors du succès du bergsonisme, puis de l'irrationalisme des années 1920-1940. Auparavant, Bourget, Barrès, Maurras, après Zola et les naturalistes, avaient été profondément marqués par son influence. Albert Thibaudet, divers historiens britanniques et allemands, les Américains Edmund Wilson et Harry Levin lui ont depuis rendu justice. Ils ont loué l'ardent amour de la littérature et de l'art qui inspirait Taine, et la force émotive qui animait ce romantique à l'allure réservée. « Personne n'est plus capable de passion que les hommes intérieurs », avait-il déclaré en termes révélateurs, dans ces lettres de jeunesse où il s'écriait avec joie : « Je saurai, je croirai ; je sais, je crois déjà [...] Je crois tout possible à l'intelligence humaine. »
1. Une méthode scientifique
Originaire des Ardennes – il est né à Vouziers –, il resta toujours attaché à son paysage natal de forêts et de rivières. Il y eut toujours en lui un poète panthéiste et il nourrit le désir de transposer dans ses théories critiques l'admiration pour l'organicité et la croissance harmonieuse qu'il avait cru observer dans les arbres. Il suivait de peu la génération de ces épigones du romantisme (Leconte de Lisle, Baudelaire, Flaubert, Fromentin) qui avaient souffert plus que les romantiques eux-mêmes du dés […]
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